Élection présidentielle au Brésil : l'ultime affrontement entre Lula et Flavio Bolsonaro
Aperçu gratuit
Au Brésil, la course présidentielle oppose le vétéran de la gauche Luiz Inacio Lula da Silva à Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président. Le scrutin s'annonce décisif pour l'avenir de la première puissance d'Amérique latine.
La suite est réservée aux abonnés
Abonnez-vous pour débloquer toutes les analyses comparatives, les archives et la recherche par mots-clés.
Voir les offres d'abonnementTitres de presse
Le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva et le conservateur Flavio Bolsonaro s’affrontent lors d’élections cruciales pour l’avenir politique de la principale puissance d’Amérique latine

Par AFP Par Thomas MORFIN © 2026 AFP Torse nu et en sueur sur son tapis roulant, il court, Lula, il court. A bientôt 81 ans, il veut montrer qu'il a l'énergie pour présider encore le Brésil. "On ne peut pas empêcher la Terre de tourner et les années de passer", philosophe de sa voix rauque Luiz Inacio Lula da Silva, dans l'une des vidéos où il met en scène ses exercices physiques sur les réseaux sociaux. Après 12 ans cumulés au pouvoir, l'homme du peuple devenu homme d'Etat brigue un quatrième et dernier mandat. Il a survécu aux défaites, survécu à la prison - 580 jours en 2018-2019 - et à une condamnation pour corruption. Annulée pour motifs de procédure et pour cause de partialité du juge, elle suscite toujours à droite les lazzis "Lula voleur". Le champion de la gauche a survécu aussi aux problèmes de santé. Selon son médecin, il avait frôlé "le pire" fin 2024 en raison d'une hémorragie près du cerveau, conséquence d'une chute. Après un cancer de la peau, il porte depuis quelques mois un panama sur ses cheveux jadis noirs et drus, désormais gris et plus clairsemés, tout comme sa barbe emblématique. Mais il le jure: il se sent plus en forme que jamais. Et veut "vivre jusqu'à 120 ans". "Epique" Lancé dans sa dernière bataille, il ne perd pas une occasion de mettre en avant sa biographie - sa "trajectoire épique", dixit son ex-ministre Fernando Haddad, un proche. Lula est né le 27 octobre 1945 dans une famille de paysans pauvres du Pernambouc (nord-est). Fuyant la faim, sa famille s'installe dans la région industrielle de Sao Paulo (sud-est). Ouvrier à 14 ans - il perd un doigt à l'usine -, il devient leader syndical et dirige de grandes grèves à la fin des années 1970, en pleine dictature militaire. Après trois candidatures infructueuses, l'ancien métallo entre en 2003 au palais présidentiel à Brasilia. Réélu en 2006, il quitte le pouvoir avec une popularité au zénith, portée par les programmes sociaux financés grâce au boom des matières premières. Et fort d'une aura internationale de leader du Sud et défenseur du multilatéralisme. Mais les énormes scandales de corruption qui ont éclaboussé son camp laissent des traces profondes, alimentant la polarisation de la scène politique. Sans portable En 2022, Lula l'emporte de peu face au sortant Jair Bolsonaro. Le chef de l'extrême droite sera plus tard condamné à la prison pour tentative de coup d'Etat contre son tombeur. De retour aux affaires, l'éternel patron du Parti des travailleurs paraît d'abord en décalage avec un Brésil qu'il semble redécouvrir: à couteaux tirés et saturé de désinformation. Comme un symbole, il persiste à vivre sans téléphone portable, alors que ses 213 millions de concitoyens sont massivement connectés. Il est crédité d'avoir rétabli les politiques sociales abîmées par son prédécesseur, et freiné le saccage de l'Amazonie. Son troisième mandat a toutefois des airs de remake, sans guère d'idées nouvelles, tout comme sa campagne pour un quatrième bail. Comme un aveu, ce père de cinq enfants a dit récemment ne pas vouloir "être seulement le président de la Bolsa Familia". Cette allocation aux foyers les plus pauvres reste son legs le plus marquant - mais est vieille de plus de 20 ans. Match de trop ? Pourquoi ce supporter fanatique des Corinthians, club de foot de Sao Paulo, prend-il le risque du match de trop ? Lula, qui s'est bien gardé de pousser un héritier, explique qu'il entend empêcher l'extrême droite de revenir "détruire" la première puissance d'Amérique latine. Fils de son meilleur ennemi, son rival Flavio Bolsonaro a hâte de tourner la page: "Quand on regarde Lula, on ne voit pas d'avenir". "Il est en pleine forme", affirme à l'AFP un diplomate étranger sous couvert d'anonymat, impressionné par la vitalité du président brésilien. Aux dires de l'intéressé, sa troisième épouse, Rosângela da Silva, dite "Janja", y est pour quelque chose. Cette féministe de 60 ans est omniprésente et fait mouche auprès du camp progressiste. S'il perd en octobre, Lula sortira par la petite porte. Mais sa place dans l'Histoire est garantie: aucun autre président démocratiquement élu n'a dirigé aussi longtemps le Brésil. Il le disait avec une tranquille assurance en 2024 devant des médias étrangers, dont l'AFP, dans sa résidence de l'Alvorada: "Il n'y a personne dans ce pays qui ait plus d'expérience de président que moi."

Par AFP Par Fran BLANDY © 2026 AFP Flavio Bolsonaro a hérité du nom et de la base électorale de son père, mais pas de l'aura qui a aidé Jair Bolsonaro à remodeler la droite brésilienne. Cela ne l'empêche pas d'être au coude à coude avec Lula dans la course présidentielle. Ce sénateur de 45 ans était peu connu au niveau national avant que l'ex-président (2019-2022), aujourd'hui emprisonné pour tentative de coup d'Etat, ne le désigne comme son héritier politique. Bien qu'il soit visé par une enquête pour des soupçons de corruption, son patronyme lui a suffi pour s'imposer comme un sérieux concurrent face au candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui brigue un quatrième mandat à 80 ans. Dans ses entretiens, il se décrit comme un "Bolsonaro plus modéré", mais affirme que son père restera sa "boussole". "Il est difficile de comparer le fils de Pelé à Pelé", a-t-il reconnu lors d'un meeting à Rio de Janeiro. Si les provocations, invectives et défis aux institutions lancés par Jair Bolsonaro ont fait de lui un épouvantail pour certains, le tempétueux capitaine reste la référence incontournable du camp conservateur. Ses partisans sont prêts à transférer leur vote sur celui qu'il a choisi. "Moi, j'aurais préféré Jair. Mais comme Jair n'est pas là, je vote pour Flavio", a déclaré à l'AFP Marco Antonio da Rosa, un étudiant en droit de 21 ans présent au meeting de Rio. "Rééduqué" Né dans l'État de Rio de Janeiro, Flavio est l'aîné des quatre fils de l'ancien chef d'Etat, et celui qui lui ressemble physiquement le plus, jusque dans ses manières décontractées. Il laisse parfois couler quelques larmes lorsqu'il parle du sort de son père. Il l'avait même convoqué sous forme de deepfake plus vrai que nature lors du lancement de sa candidature. Jair Bolsonaro purge chez lui une peine de 27 ans de prison pour avoir cherché à se maintenir au pouvoir après sa défaite face à Lula en 2022. Avocat de profession, Flavio Bolsonaro est devenu député de l'État de Rio à 21 ans, puis sénateur à 37 ans. Père de deux filles, il cultive l'image d'un homme de famille dévoué. Dans une vidéo où il se montre en famille chez lui, son épouse Fernanda s'attribue en souriant le mérite des manières posées de son mari: "Je l'ai rééduqué". "Mon frère" Flavio Bolsonaro n'a pas perdu pied malgré une campagne secouée par des crises. Il s'est retrouvé au coeur d'une querelle avec sa belle-mère, Michelle Bolsonaro, qui l'a accusé de l'avoir "maltraitée", sur fond de rivalités de pouvoir. L'ancienne première dame a fini par accepter ses excuses. Surtout, un enregistrement audio a fuité dans lequel on entend Flavio Bolsonaro demander au banquier Daniel Vorcaro - accusé dans une retentissante affaire de fraude - de financer un film sur son père. Le fils Bolsonaro, qui avait nié tout contact avec le financier, conteste toute irrégularité, mais fait l'objet d'une enquête pour des soupçons de corruption et blanchiment. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il appelait à plusieurs reprises Daniel Vorcaro "mon frère", il a répondu que c'était la manière familière de parler des Cariocas. Le poursuit aussi un vieux scandale: député de Rio, il avait été accusé d'avoir prélevé une partie des salaires de ses assistants dans le cadre d'un système de rétrocommissions. L'affaire a été classée sans suite. - Avion de chasse - Sur les réseaux sociaux, Flavio Bolsonaro mise sur des spots de campagne léchés, générés par intelligence artificielle. Il y apparaît quelquefois en combinaison de vol et lunettes d'aviateur, aux commandes d'un avion de chasse en mission pour le Brésil. Il se vante d'entretenir de bonnes relations avec le président américain Donald Trump – allié de son père –, qui l'a reçu à la Maison Blanche. Partisan de la ligne dure face au crime, dans un pays exaspéré par le niveau de violence, il vante les politiques de sécurité du président salvadorien Nayib Bukele, vilipendées par les défenseurs des droits humains. "Comparé à son père, il est plus affable et sociable (...) mais cela ne veut pas dire qu'il n'est pas idéologiquement d'extrême droite", estime l'analyste politique Thomas Traumann. S'il l'emporte en octobre, Flavio Bolsonaro s'est engagé à ne pas briguer la réélection dans quatre ans.