Diplomatie et mégaprojets : l'accord France-Arabie saoudite fait débat
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La visite de Mohammed Ben Salmane en France débouche sur un accord de 6 milliards d'euros pour construire plusieurs parcs d'attractions en Île-de-France. Si l'exécutif vante la création d'emplois, des voix s'élèvent contre les répercussions locales et sécuritaires.
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Lundi 24 août, la France et l'Arabie saoudite ont signé un accord pour un investissement de 6 milliards d'euros, avec à la clé 22 000 emplois potentiels dans le Val-d'Oise, où doivent être construits trois parcs d'attractions.

Par Elena Lionnet avec agences La venue de Mohammed ben Salmane en France a permis de concrétiser les discussions, qui avaient filtré durant l'été, de faire naître un parc dédié à Dragon Ball sur le site de l'ancien parc Mirapolis, près de Paris, fermé il y a 35 ans. La venue de Mohammed ben Salmane en France a permis de concrétiser les discussions, qui avaient filtré durant l'été, de faire naître un parc dédié à Dragon Ball sur le site de l'ancien parc Mirapolis, près de Paris, fermé il y a 35 ans. De Gargantua à Dragon Ball ? C'est désormais chose faite. Le président de la République française l'a annoncé ce lundi 24 août à l'Élysée: "6 milliards d'euros d'investissements" saoudiens pour la création de trois parcs d'attractions à Cergy-Pontoise, près de Paris, avec "22.000 emplois" directs attendus. "Du jamais vu depuis Disneyland Paris" , s'est félicité Emmanuel Macron. Sur les lieux, où trônait à la fin des années 1980 une immense statue du héros de François Rabelais, Gargantua, ne restent que quelques vestiges d'un des premiers parcs à thème de France : un bloc de béton, à l'entrée, en mémoire de l'ancienne billetterie, et un peu plus loin, un chapiteau en dur orange délavé, quasiment englouti par la végétation environnante. Ce terrain de plusieurs dizaines d'hectares situé à Courdimanche, une des communes de l'agglomération de Cergy-Pontoise, va désormais accueillir un nouveau parc d'attractions inspiré du célèbre manga japonais Dragon Ball , comme annoncé finalement par l'Élysée et confirmant des informations du média d'information Politico. L'Arabie saoudite, principal investisseur Plusieurs réunions ont eu lieu depuis avril entre l'Élysée, la région Île-de-France, les communes concernées, les agences d'attractivité française et francilienne et le principal investisseur, Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF) dédiée au divertissement, au sport et à la culture. Tweet URL Ironie du sort, à l'époque c'était déjà un milliardaire saoudien, Ghaith Pharaon , qui s'était jeté dans l'aventure, finançant ce projet de parc d'attraction à la française à hauteur de 90 millions de francs. Le projet "est né d'une discussion entre le président de la République et le prince héritier en décembre 2024 " à Ryad, lorsqu'ils ont découvert leur "passion commune" pour les mangas "et notamment Dragon Ball Z" , a confié à l'AFP une conseillère d'Emmanuel Macron. (Re)Lire Dragon Ball, du manga au phénomène culturel Les thèmes des deux autres parcs n'ont pas été précisés. Le chantier doit s'étaler sur plusieurs années, sans calendrier défini à ce stade. Plusieurs inconnues demeurent également: aucune répartition des 6 milliards d'euros entre les trois parcs n'a été communiquée, pas plus que leur superficie respective, la liste des attractions, les infrastructures hôtelières ou de transport nécessaires ou un calendrier définitif de construction. Le divertissement fait partie des secteurs dans lesquels Ryad investit massivement pour préparer l’après-pétrole. La visite avait d’ailleurs commencé dimanche par la finale de l’ Esports World Cup à Paris, à laquelle Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane ont assisté ensemble. Un mégaprojet similaire à Ryad Un projet de parc d'attraction fondé sur le célèbre manga est déjà prévu en Arabie saoudite, dans le cadre du mégaprojet "Qiddiya". Ce parc de plus de 500.000 mètres carrés (soit 50 hectares) sera divisé en sept zones distinctes , chacune inspirée des célèbres Dragon Ball et recréant des lieux emblématiques de la série originale. Parmi ces zones, les visiteurs pourront explorer la maison Kame (Kame House), la Capsule Corporation ou encore la planète Beerus. Ces espaces sont conçus pour offrir une expérience immersive unique, permettant aux fans de revivre les aventures de Goku et ses amis depuis les débuts du manga jusqu’à Dragon Ball Super . L’une des principales attractions sera une montagne russe intégrée dans une statue géante de Shenron, le dragon magique emblématique de la série, mesurant 70 mètres de haut. Ce chef-d’œuvre architectural servira également de point central au parc. Hôtels et restaurants thématisés sont également prévus. Qiddiya et Toei Animation, le créateur de Dragon Ball Z, ont conclu à cette occasion un partenariat stratégique de long terme autour de la licence. L'Arabie Saoudite et la France ne sont pas les premiers pays à héberger un parc à thème Dragon Ball . À Tokyo, le parc couvert J-WORLD TOKYO de Bandai Namco, ouvert en 2013 autour des héros du Weekly Shonen Jump , proposait ainsi un espace Dragon Ball aux côtés de One Piece ou Naruto . Les visiteurs pouvaient notamment expérimenter un Kamehameha en 3D ou prendre place sur une version virtuelle du nuage magique de Son Goku. Le parc a fermé en février 2019, après les six années d'exploitation initialement prévues. Une friche occupée par des gens du voyage La version parisienne ressemblera-t-elle au colossal projet saoudien ? Pour l'instant, on ne peut pas le savoir. En attendant, il faudra transformer une zone abandonnée actuellement occupée par les caravanes de gens du voyage. Et ce projet inquiète les familles, installées sur le site depuis plus de neuf ans et dont une vingtaine d'enfants "sont scolarisés dans les communes voisines" , explique à l'AFP Alfred Duvaux, 66 ans. "On est au courant de rien" , renchérit son frère Gilles, 75 ans, "même le propriétaire du terrain n'était pas informé". Pour l'instant, le projet n'est pas encore lancé, mais dès que les travaux vont commencer, où vont-ils pouvoir aller ? Une centaine de foyers vit désormais sur les lieux, disent-ils: caravanes blanches, cabanes en bois, mobilier de jardin et piscines gonflables pour les enfants y ont trouvé leurs quartiers. "Avant qu'on nous fasse partir, il faut qu'on nous trouve un emplacement" , pointe le septuagénaire. (Re)Lire Mohamed ben Salmane à Paris: une "provocation" pour les syndicats de la presse française Le député LFI du Val-d'Oise Aurélien Taché a demandé au préfet de région "une réelle concertation" avec les élus, associations et habitants du territoire. Maryeme Bouslam, conseillère municipale d'opposition à Courdimanche, déplore aussi "la méthode" du projet qui, selon elle, "vient de l'Elysée (...) sans la concertation préalable des habitants, des communes avoisinantes et de leurs représentants". Elle serait plutôt favorable à une reconversion du site en pôle culturel, pôle universitaire ou pôle de recherche, "un projet réaliste, durable et soutenable pour la population ". L'ombre de l'échec de Mirapolis Un observateur du groupe communiste au conseil régional, qui n'a pas souhaité être cité, met en garde sur le besoin d'une "amélioration sensible de la desserte du site", rappelant que "les difficultés économiques du parc (Mirapolis, NDLR) sont nées d'une faible fréquentation (...) et d'une mauvaise desserte". "Un tel investissement peut constituer une opportunité en termes d'emplois" mais "des garanties urgentes sont à apporter en matière de concertation et de protection de l'environnement" , a par ailleurs indiqué le groupe, dans un communiqué publié ce 24 août. Mirapolis , l'un des premiers parcs d'attractions de France imaginé sur le thème des légendes et contes français, avait ouvert ses portes en 1987. Dès sa première année, il n'avait accueilli que 800.000 visiteurs, contre plus de 2 millions attendus. Concurrencé par l'inauguration du Parc Astérix, il a définitivement fermé ses portes en 1991, après seulement quatre ans d'existence. La mascotte Gargantua, alors plus haute statue creuse de France et deuxième mondiale, derrière la statue de la liberté, abritait dans ses 35 mètres de hauteur un restaurant et une attraction plutôt novatrice pour un parc français: un dark ride , autrement appelé "parcours scénique", qui plongeait les visiteurs dans le fonctionnement intérieur fantasmé du géant où foisonnaient des petites créatures aux animations variées. Elle sera dynamité en 1995. La même année, l’investisseur ayant permis l’existence de Mirapolis, Ghaith Pharaon, est poursuivi par Interpol et le FBI pour des accusations de fraude fiscale et de financement de réseaux terroristes. On peut souhaiter un meilleur sort, 35 ans plus tard, au futur parc à thème Dragon Ball . (Re)Voir ÉDITO. Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche, Donald Trump faiseur de roi

Un lieutenant de la garde royale saoudienne a été agressé à Paris avant la rencontre entre Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane. Menacé avec une arme à feu, il s’est fait dérober une montre Cartier et une chaîne en or, avant que le suspect ne soit interpellé.